La Tour Eiffel rend hommage aux femmes scientifiques oubliées





En ce 26 janvier 2026, la capitale française a célébré un événement marquant : l'anniversaire de la pose de la première pierre de l'emblématique Tour Eiffel. C'est à cette occasion qu'Anne Hidalgo a révélé une décision d'une portée historique : les noms de 72 femmes scientifiques d'exception seront gravés sur la structure de la célèbre Dame de Fer. Ce geste symbolique est le fruit d'un engagement de longue date de l'association Femmes & Sciences, notamment grâce à l'impulsion de sa vice-présidente, la physicienne Isabelle Vauglin. En étroite collaboration avec la Société d'exploitation de la Tour Eiffel (SETE) et des institutions de recherche de premier plan telles que le CNRS, l'INSERM et l'INRIA, ce projet rend un vibrant hommage à des figures féminines dont l'apport au monde scientifique a été souvent sous-estimé ou passé sous silence, marquant ainsi les annales de l'histoire.
Il y a 137 ans, Gustave Eiffel avait fait inscrire sur son œuvre les noms de 72 "savants masculins". À l'époque, les femmes ne bénéficiaient pas de la même reconnaissance professionnelle que leurs homologues masculins. Ce nouveau projet, en gestation depuis plus de quatre ans au sein de l'association Femmes & Sciences, vise à rectifier cette omission historique. Comme le souligne Isabelle Vauglin, la Tour Eiffel représente un symbole idéal pour mettre en lumière ces femmes remarquables, soulignant que l'association œuvre depuis plus de deux décennies à sortir de l'oubli ces scientifiques trop souvent méconnues. Pour que la Tour Eiffel devienne un véritable symbole d'équité et de parité, la liste des noms doit encore être validée par les académies des sciences, des technologies et de la médecine, après quoi les travaux pourront débuter.
Le phénomène des femmes dont les contributions scientifiques sont minimisées ou attribuées à des hommes est désigné sous le terme d'« effet Matilda », conceptualisé par l'historienne Margaret W. Rossiter en 1993, en référence à la militante féministe Matilda Joslyn Gage. Malgré les avancées en matière d'accès à l'éducation, les femmes demeurent sous-représentées dans les domaines scientifiques et techniques (STEM). L'UNESCO révèle qu'en 2021, moins de 30% des chercheurs mondiaux étaient des femmes. Ce déséquilibre s'explique par des stéréotypes sociaux persistants, des biais institutionnels et des environnements professionnels encore peu engagés en faveur de l'inclusion.
Parmi les figures qui seront honorées, on retrouve Angélique du Coudray (1712-1794), obstétricienne pionnière, conceptrice d'un mannequin pédagogique révolutionnaire et auteure d'un manuel d'enseignement. Son travail a contribué à réduire considérablement la mortalité infantile. Sophie Germain (1776-1831), mathématicienne autodidacte, a dû masquer son identité féminine pour correspondre avec des savants de son époque. Ses recherches sur la résistance des matériaux ont été fondamentales pour la construction de la Tour Eiffel, mais sa contribution a longtemps été ignorée. Georgette Délibrias (1924-2015), physicienne, a été une pionnière de la datation au carbone 14 en France. Ses travaux ont permis des datations précises de sites archéologiques majeurs, comme les temples d'Angkor et de Louxor, et ont jeté les bases de nombreux laboratoires de datation à travers le monde. Ces exemples illustrent l'importance de ce projet pour rétablir la vérité historique et inspirer les générations futures.
Cette initiative audacieuse de la ville de Paris, soutenue par la SETE et les institutions scientifiques, transcende le simple geste mémoriel. Elle vise à ancrer durablement la reconnaissance de l'apport féminin à la science dans l'imaginaire collectif, en faisant de la Tour Eiffel non seulement un symbole architectural mondial, mais aussi un étendard de l'égalité et de la valorisation de toutes les intelligences.