L'Odyssée du Magic City : De Parc d'Attractions à Temple des Bals Travestis





Le Magic City : Un Voyage Historique entre Féerie et Subversion
La Naissance d'une Attraction Phénoménale sur les Quais Parisiens
Il est difficile d'imaginer aujourd'hui qu'un vaste espace sur le quai d'Orsay, face au pont de l'Alma, fut jadis le berceau d'un des plus impressionnants complexes de divertissement français. C'est en 1911 que ce projet audacieux voit le jour, sous l'impulsion d'Ernest Cognacq, alors à la tête de La Samaritaine. Son ambition était de doter la capitale d'un parc d'attractions sans précédent, répondant à une soif de loisirs grandissante. L'ingénieur américain John Calvin Brown, déjà reconnu pour ses réalisations européennes, fut l'architecte de cette vision, concevant un espace de 25 000 m² dédié à la fête et à l'évasion.
L'Éclat d'un Centre de Loisirs Multifacette à la Belle Époque
Dès son inauguration la même année, le site, baptisé le "Magic City", s'impose comme un incontournable du divertissement parisien. Il proposait une diversité d'activités : représentations théâtrales, spectacles de cirque, expositions variées, attractions innovantes, une patinoire, un restaurant raffiné, un palais d'inspiration persane, et plusieurs salles de bal. Conformément aux pratiques de l'époque, il incluait également un zoo humain, reflet des mœurs impériales de la Belle Époque. Ouvert sans interruption de midi à minuit, le Magic City attirait jusqu'à 32 000 visiteurs par jour, témoignant de son immense succès populaire, avec un coût d'entrée modique d'un franc.
L'Émergence des Bals Travestis et Leur Influence Culturelle
En 1926, suite au percement de la rue Cognacq-Jay, le Magic City ferme ses portes. Bien que la majeure partie de ses infrastructures soit démolie, deux de ses grandes salles de bal, situées au 176-180 de la rue de l'Université, sont préservées. Ces lieux deviennent alors le théâtre de somptueux bals, notamment lors de Mardi gras et de la Mi-Carême, périodes durant lesquelles le travestissement était traditionnellement toléré. Au cours des Années folles, ces événements se transforment en rendez-vous incontournables, où hommes et femmes endossaient des costumes variés, allant de la duchesse au marin, en passant par les gigolettes et les voyous. Ces bals acquirent une renommée particulière au sein de la communauté homosexuelle de l'époque, attirant également l'élite intellectuelle et les cercles artistiques, avec la participation de figures emblématiques telles que Joséphine Baker, Tristan Tzara, Raimu ou Mistinguett.
Le Déclin et la Transformation d'un Lieu Contesté
Malgré la présence de nombreuses personnalités, les bals travestis du Magic City ne tardent pas à susciter la controverse. Dès le milieu des années 1930, sous l'influence des presses d'extrême droite, les célébrations de la Mi-Carême sont interdites, et le bal de Mardi gras est soumis à des restrictions sévères, interdisant aux hommes de se vêtir en femmes. En 1939, avec l'Occupation, le site est définitivement fermé au public, ses locaux étant réquisitionnés pour servir de studios de télévision à la Wehrmacht. Après la Libération, ces mêmes studios deviendront le berceau de la télévision publique française. Bien que le Magic City ait disparu, son souvenir perdure, notamment grâce à une plaque commémorative apposée sur la façade du bâtiment, témoignant de son riche passé.